Socialisme ou barbarie
«Au moins, Arlette, elle parle vrai, elle n'est pas comme les autres», entendait-on à la sortie des meetings électoraux. Idem pour le jeune Besancenot. «Un jeune qui tranche avec les fossiles qui encombrent la scène politique.» Leur discours semble en effet en rupture totale avec la pensée unique, soumise au capital et aux «valeurs républicaines», des autres candidats. Mais la pensée unique, c'est aussi celle qui présente toute expérience en dehors de ce système comme dictatoriale ou terroriste. La pensée unique, c'est aussi l'anti-communisme, la haine contre la construction du socialisme au 20ème siècle et contre les pays socialistes actuels. Une pensée que partagent Arlette Laguiller et Olivier Besancenot, comme tous les trotskistes.
Alice Bernard, 23 avril 2002
En France comme ailleurs, les travailleurs sont confrontés depuis une dizaine d'années à une vague sans précédent de restructurations, fusions, fermetures, licenciements, privatisations,... Attirant les voix de 12% d'électeurs qui ont voulu voter pour de vrais communistes, les deux candidats trotskistes ont dénoncé le patronat et ses valets avec beaucoup de verve dans tous leurs discours : «Qu'a donc fait le gouvernement de gauche pour s'opposer aux licenciements massifs ? Rien !»1 «Toute l'économie est une machine à fabriquer les inégalités, l'injustice.»2
Or, cette offensive du capital ne tombe pas du ciel. La restauration du capitalisme en Europe de l'Est, en 1989, a fondamentalement modifié le rapport de forces mondial et l'ambiance dans les entreprises (délocalisations, flexibilité, agressivité patronale). L'impérialisme a réussi à détruire son ennemi héréditaire, le camp socialiste, et croit pouvoir maintenant écraser toute velléité de résistance. Il s'est résolument tourné vers la guerre : l'Irak, la Yougoslavie et l'Afghanistan ont été dévastés par les bombes. Et il en prépare de nouvelles encore plus meurtrières. Des guerres qui n'auraient pas été possibles du temps de l'existence du camp socialiste. Mais pour Arlette, «... la disparition de l'URSS n'a rien changé...»3.
Résistants ou terroristes
Toute la Quatrième Internationale trotskiste, dont fait partie la LCR de Besancenot, a applaudi l'effondrement du camp socialiste. «Après la chute du Mur de Berlin et la désintégration de l'Union soviétique, une nouvelle époque s'est ouverte. Nous avons salué sans regrets l'effondrement des dictatures bureaucratiques que nous avons combattues dès l'origine.»4 Un mois après la chute du Mur de Berlin, Lutte Ouvrière et Laguiller écrivaient : «la classe ouvrière n'a rien à perdre à l'évolution actuelle de la RDA, et même si (la réunification allemande) se fait entièrement sous l'égide du capitalisme, les révolutionnaires n'ont aucune raison d'y être opposés»5. Leur aveuglement anticommuniste a poussé les trotskistes à soutenir la contre-révolution qui a mis l'Union soviétique dans les mains des multinationales et de véritables rapaces. L'ensemble des pays de l'Est a connu une croissance négative depuis 1990.
La contre-révolution de 1989 est un événement politique majeur qui oblige toutes les forces en présence à se positionner. En l'applaudissant, les trotskistes ont montré leur vraie nature et leur véritable raison d'être: l'anticommunisme.
Cet anticommunisme viscéral n'est pas nouveau. Au vingtième siècle, le capitalisme a par deux fois jeté l'humanité entière dans la guerre. Mais si la deuxième guerre mondiale a commencé comme la première pour un repartage des colonies, elle a pris sa véritable dimension quand les nazis ont attaqué l'Union soviétique dans le but d'y détruire le socialisme. Et les USA n'intervinrent que pour assurer leur hégémonie et empêcher une victoire de l'Armée rouge sur le continent européen.
Mais lorsque la guerre des partisans se développe, sous la direction du parti communiste, les trotskistes s'y opposent avec violence. Pour eux, il faut adopter la même position que pendant la première guerre mondiale et fraterniser avec les soldats allemands, «prolétaires sous l'uniforme». Dès le 15 septembre 1941, ils condamnent le «terrorisme» : «le geste terroriste creuse le fossé entre les travailleurs français et les soldats allemands».6 Pendant la guerre, l'organisation d'Arlette Laguiller «sera le groupe le plus hostile à la Résistance armée au nom de ... l'internationalisme.»7
Essai manqué
Aux yeux des trotskistes, aucune expérience socialiste n'a abouti. Pour la IVème Internationale, s'il faut combattre l'embargo qui frappe Cuba, il faut aussi lutter contre la «dictature» de Castro. Arlette Laguiller ne connaît qu'une seule révolution, celle de 1917. Mais elle n'a pas réussi. Elle n'a duré que quelques années: de 1917 à 1922. Ensuite, «la ferveur révolutionnaire du début fut remplacée par des pratiques bureaucratiques de gouvernement.»8 En conclusion, «l'URSS n'était ni une société, ni un régime communistes. Tout au plus un Etat, un gouvernement qui se disaient communistes.»9
Du premier jour, la jeune Union soviétique a été assaillie par l'intervention, le blocus économique, l'encerclement politique et militaire, la subversion, le sabotage et la désinformation. Les lamentations des trotskistes contre le «bureaucratisme» se rallient à cet assaut.
L'industrialisation socialiste, qui est à la base du bien-être matériel et culturel et a rendu possible une véritable révolution culturelle, a réussi parce que l'Union soviétique a mobilisé le peuple. Les communistes ont réalisé un boom économique sans précédent dans l'histoire, en se basant exclusivement sur leurs propres forces. Et finalement, c'est sous la direction des communistes soi-disants «bureaucrates», que le peuple soviétique a pu abattre le monstre nazi.
L'affrontement entre la barbarie impérialiste et le socialisme a fondamentalement marqué tout le 20ème siècle. En ce début de 21ème siècle, il faut en tirer les leçons et choisir son camp. Mener la lutte antifasciste aujourd'hui, c'est se battre pour la destruction de ce système capitaliste qui organise la misère et les guerres pour le remplacer par le socialisme. L'anticommunisme des trotskistes les a toujours fait aboutir dans le mauvais camp.
Cette analyse est tirée de l'excellent site, riche et bien documenté, Communisme-Bolchevisme (proche de l'URCF)

