1. Quel est l'enjeu des élections?
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Officiellement, la campagne électorale ne commence au Congo que le 29 juin. Mais de nombreux candidats ont déjà commencé des réunions de sensibilisation sur leur enjeu. Sur la photo: Hubert Mupepe, candidat indépendant, tient une réunion à Masina. (Photo Solidaire, Tony Busselen) - Cliquez sur la photo pour l'agrandir - |
Entre 1998 et 2003, quelque cinq millions de Congolais ont perdu la vie durant une guerre d'agression menée pour le compte des États-Unis par les pays voisins, le Rwanda et l'Ouganda. Cinq années durant, le Congo a été divisé en trois. Un: le territoire passé sous contrôle du gouvernement central de Kinshasa, dirigé par Laurent-Désiré Kabila et, après son assassinat en janvier 2001, par son fils Joseph Kabila. Deux: le territoire occupé par les troupes rwandaises et contrôlé par les prétendus «rebelles» de la RCD, les collaborateurs congolais du Rwanda. Trois: le territoire occupé par l'armée ougandaise et contrôlé par le MLC, le mouvement de Jean-Pierre Bemba, grand mobutiste (partisan de feu le dictateur Mobutu, ndlr) et valet de l'Ouganda.
Les agresseurs étrangers ont été protégés par les États-Unis et la communauté internationale, dirigée par les États-Unis, a imposé aux Congolais un accord humiliant (voir encadré). L'actuel gouvernement de transition a été composé sur base de cet accord et intronisé le 24 juillet 2003. Les élections étaient prévues pour le 30 juin 2005 mais l'accord prévoyait la possibilité de reporter les élections d'un an pour raisons techniques, ce qui s'est effectivement passé. Ces élections doivent donc conclure une période caractérisée par une invasion et une occupation par des troupes étrangères, un pillage à grande échelle et des tentatives de balkanisation du conflit (désagrégation du pays par des guerres civiles, comme cela s'est produit dans les Balkans, ndlr).
2. Quelles forces, au Congo, soutiennent l'organisation des élections et pourquoi?
Malgré les millions de morts et les nombreuses souffrances, le peuple congolais a refusé de laisser diviser le pays par la guerre. L'an dernier, 25,6 millions d'électeurs (sur les 28 millions possibles) se sont inscrits et la Constitution a été adoptée en masse lors du référendum du 18 décembre 2005. Le peuple congolais veut la paix, un État congolais uni capable de mettre un terme à l'impunité des criminels de guerre et d'uvrer activement à la reconstruction du pays.
Vu les rapports de forces défavorables soutien des États-Unis aux agresseurs, et la supériorité militaire et organisationnelle de ces derniers le président Joseph Kabila a fait des concessions très importantes et a suuporté bien des humiliations afin de préserver l'essentiel: l'unité du pays, la paix et la souveraineté nationale. L'organisation des élections marque le point final de cette période douloureuse. Si, lors de ces élections, l'actuel président reçoit une légitimité, il sera finalement possible de travailler à la reconstruction du pays et il y aura de la place pour un débat ouvert à propos de la façon dont il convient de le faire.
3. Les élections seront-elles vraiment démocratiques?
Malgré les nombreux problèmes et limitations, ces élections constituent un énorme pas en avant puisque, pour la première fois depuis 1960, le peuple congolais a l'occasion de s'exprimer sur les diverses forces politiques. Les élections constituent en effet une sorte de baromètre des rapports de force entre les diverses forces politiques au Congo. Les anciens mouvements rebelles représentent moins de 5% de la population et, pourtant, ils détiennent chacun, aujourd'hui, un quart du pouvoir au sein de l'État, grâce à un accord imposé par les États-Unis. Cette situation n'a pas l'ombre d'une chance de survivre aux élections.
4. Qui sabote les élections?
Trois groupes différents, respectivement autour de Jean-Pierre Bemba, d'Honoré Ngbanda et d'Etienne Tshisekedi, ont constitué une alliance. Ils misent tout sur le report des élections en exigeant de nouvelles négociations et en couvrant Joseph Kabila de calomnies. Leurs thèmes: un racisme extrême et des attaques personnelles contre l'actuel président.
Jean-Pierre Bemba (MLC), ancien dirigeant des collaborateurs pro-ougandais, est détesté dans la région qu'il a contrôlée durant la guerre. Une plainte a été déposée contre lui pour les crimes de guerre commis par ses troupes dans le pays voisin, la République centrafricaine. Un dossier est également prêt contre lui à la Cour internationale de La Haye pour les crimes commis au Congo. Bemba n'a aucune chance de remporter les élections présidentielles, bien qu'il ait déclaré publiquement avoir mis 22 millions de dollars de côté pour ces élections.
L'un des porte-parole les plus surprenants des nombreux grands barons de l'ancien régime Mobutu est Honoré Ngbanda, alias «Terminator», l'ancien conseiller en matière de sécurité de Mobutu et l'homme chargé de toutes les basses besognes.
Enfin, il y a aussi l'UDPS sous la direction de Tshisekedi qui, il est vrai, s'est présenté dans le passé comme le principal opposant de Mobutu mais qui, à chaque moment décisif, a quand même choisi le camp de ce dernier.
Le RCD de Ruberwa, l'ancien mouvement rebelle pro-rwandais, sait qu'il n'obtiendra qu'un nombre très restreint d'élus et il se profile de façon plus modérée. Il se rend compte que la communauté internationale et surtout l'Union européenne est opposée à la politique de provocation de l'alliance MLC-Ngbanda-UDPS. Le report des élections signifie d'ailleurs une grande instabilité.
5. Quelle est l'attitude de l'Union européenne?
L'Europe considère l'Afrique comme sa chasse gardée, tout comme les États-Unis le font avec l'Amérique latine. Le Congo est en outre l'une des régions les plus riches de l'Afrique. Le ministre allemand de la Défense, Jung, déclarait récemment, à propos du Congo: «La stabilité de cette région riche en matières premières est profitable à l'industrie allemande.» Aussi, depuis le début du gouvernement de transition, en 2003, l'Union européenne a-t-elle déjà engagé 750 millions d'euros au Congo. Puis il y a encore eu 480 millions d'euros pour le financement du processus électoral. On n'a jamais vu cela dans aucun autre pays du monde. Et, ensuite, il y a encore l'aide au Congo consentie par chaque État membre de l'UE séparément. Tout cet argent est censé créer les conditions d'une exploitation efficace des matières premières congolaises. L'UE est bien décidée à défendre son «investissement» et elle envoie à cet effet une force spéciale d'intervention au Congo. Son but est d'assurer la sécurité des élections et d'empêcher qu'après celles-ci, les perdants sèment des troubles. L'opération complète comprend 2500 militaires et durera 7 mois. 14 États membres de l'UE, plus la Turquie, en fourniront les effectifs.
Javier Solana, responsable des Affaires étrangères de l'UE, a toute confiance en cette opération et annonce qu'elle n'est autre que le début d'une présence militaire plus active encore en Afrique: «Je suis sûr que cela va être un grand succès pour les Congolais et pour les Européens. ... Cette mission sera un exemple pour de futures missions. Ce type d'opération sera amené à se produire plus souvent à l'avenir.» À un moment où la capacité militaire de l'armée congolaise est limitée et où l'État congolais est extrêmement affaibli, cette intervention signifie un soutien objectif aux nationalistes rassemblés autour de Joseph Kabila.
6. Et quelle est la position des États-Unis?
Washington a organisé l'invasion des armées ougandaise et rwandaise dans un but: l'élimination des nationalistes congolais sous la direction de Mzee Kabila. Cette politique a abouti à un fiasco complet. Non seulement le but n'a pas été atteint, mais la guerre s'est éternisée durant cinq ans et cinq millions de personnes y ont perdu la vie. Les États-Unis ont été forcés de troquer la confrontation militaire pour une confrontation politique. Mais la chance de voir Joseph Kabila devenir président et acquérir une forte légitimité est grande. Il aura alors les mains libres pour mener une politique nationaliste et utiliser les matières premières du Congo pour le bien-être du peuple congolais. Un nouveau Chavez ou Morales, cette fois au cur de l'Afrique, voilà qui répugne aux Américains. D'où le fait qu'en coulisses, les États-Unis en colère s'emploient à affaiblir et intimider Kabila au maximum. La campagne de calomnie contre la personne de Kabila n'a donc rien d'un hasard: tout est mis en uvre afin de mettre sa légitimité en doute après les élections. En même temps, le président du Rwanda, Kagame, principale figure de proue de la guerre d'agression contre le Congo, est présenté sous un jour favorable. Le 31 mai dernier, Kagame a été reçu à la Maison-Blanche pour la seconde fois en deux ans. Bush ne lui a pas ménagé ses louanges: «C'est un homme d'action, à la tête d'une société transparente et qui sait comment se faire obéir.» Des propos particulièrement menaçants lorsqu'on sait les excès des troupes de Kagame au Congo La reprise de la guerre d'agression, ou quelque autre sale truc des États-Unis, n'est donc pas à exclure.
1 Indymedia.be, 27/4/2006. http://www.indymedia.be/nl/node/2228 ·2 Louis Michel dans ACP, 1er février 2006. · 3 AFP, 7 juin 2006. · 4 Jeune Afrique, 4 juin 2006.
La lecture critique de la presse dominante internationale réserve souvent des surprises qui ne devraient plus en être. Comme nous le montrons un peu plus à chaque édition, les pages éditoriales de la presse internationale sont le lieu d’opérations de propagande visant à donner une lecture particulière d’un événement donné. Elles peuvent aussi servir à divertir l’attention du public en focalisant son attention sur des sujets secondaires. C’est le cas de la présente livraison qui traite du coup de filet anti-terroriste survenu début juin au Canada. L’abondance de tribunes libres parues à ce propos et le caractère souvent redondant de leurs contenus visent à occuper les colonnes des journaux et l’esprit des lecteurs pour masquer des événements plus importants dont deux au moins ont des répercussions considérables sur l’équilibre mondial, mais passent inaperçus.
Le premier, c’est la sixième conférence de l’Organisation de coopération de Shanghaï (OCS), structure regroupant la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan, associés à quatre observateurs : la Mongolie, l’Iran, l’Inde et le Pakistan. Cette organisation, fondée avant les attentats du 11 septembre, a pour vocation affichée de combattre le terrorisme, qu’elle n’associe non pas à un grand complot islamique mondial comme les pays occidentaux, mais au séparatisme. Or, les dirigeants des pays de l’OCS ont désormais adopté l’interprétation que le général Leonid Ivashov avait développé dans son intervention à la conférence Axis for peace 2005 : les mouvements séparatistes en Tchétchénie et dans toute l’Asie centrale sont instrumentalisés par les Anglo-saxons contre les États de cette région. En proclamant intensifier les efforts conjoints contre cette menace pour leur intégrité territoriale et développer les exercices militaires communs (ce qui nécessite une mise en conformité de leurs équipements militaires), les États de l’OCS ont implicitement déclaré qu’ils opéraient un réarmement conjoint contre les Etats-Unis, le Royaume-Uni et leurs alliés. La presse occidentale, qui refuse de rendre compte des points de vue russe et chinois, n’a pas été en mesure d’expliquer à ses lecteurs l’évolution de l’OCS. Tout au plus, reprenant à son compte les suggestions du département d’État, elle s’est contentée d’y voir une alliance de circonstance entre régimes qualifiés de totalitaires pour résister à la pression dite démocratique des États-Unis. Traitant à la va-vite le sommet de Shanghai, la presse occidentale n’a pas plus compris l’intégration de l’Iran dans ce dispositif, ni la compétition qui s’engage pour y inclure l’Inde et le Pakistan. Telle l’autruche qui fuit la réalité en enfouissant sa tête dans le sable, la presse atlantiste croit prolonger la domination anglo-saxonne sur le monde en niant la constitution d’un nouveau pôle décisionnel et en persistant à ne traiter de la Russie et de sa politique asiatique que sous l’angle de la « re-soviétisation » ou du déclin.
Le deuxième événement décisif passé inaperçu est la nomination d’Henry Paulson en remplacement de John Snow comme secrétaire au Trésor. Cette entrée sur la scène politique marque l’apothéose de la prise de contrôle des diverses institutions économiques et financières à Washington par Goldman & Sachs, dont Paulson était le Pdg. Tout se passe comme si l’administration Bush était la propriété de quelques multinationales : Lockheed Martin, Bechtel, Halliburton et désormais Goldman & Sachs. L’adhésion de « la » firme, comme ses cadres la nomment, à ce puissant cartel répond à un besoin des partenaires déjà en place. L’économie US est en pleine déconfiture avec la chute de sa production manufacturière et l’accroissement vertigineux de sa dette extérieure. Elle masque sa faiblesse en imprimant des billets verts qui ont perdu leur convertibilité et ne sont plus garantis que par la puissance militaire. Les multinationales qui se sont payées l’administration Bush craignent avant toute chose la revente massive des Bons du Trésor états-unien détenus par la Chine. Pékin, à tout instant, peut provoquer une dévaluation de fait du dollar qui déboucherait sur une crise du capitalisme sans précédent depuis 1929. Or, Henry Paulson est précisémment le banquier qui a vendu ces Bons du Trésor à la Chine. À ce titre, il est le plus apte à raisonner Pékin en faisant valoir qu’un écroulement des Etats-Unis affecterait aussi, par contrecoup, l’économie chinoise. Sa nomination est donc le dernier viatique de Washington pour conjurer la banqueroute. Ce faisant, les États-Unis révèlent leur impuissance à mener une politique agressive en Asie pour la plus grande confusion des néo-conservateurs toujours obsessionnellement occupés à planifier la guerre nucléaire contre la Chine en 2017.
C’est donc avec une certaine lassitude, à défaut de surprise ou d’agacement, qu’en lieu et place de ces évènements essentiels dans la compréhension des enjeux actuels, on assiste à la Nième campagne de diabolisation de la communauté musulmane dans la presse internationale.
On se consolera en analysant comment cette opération illustre le fonctionnement des médias internationaux aussi bien dans la façon de cacher les vrais enjeux que dans la fabrication d’un événement « faisant sens » à l’échelle internationale.
Le 2 juin 2006, 17 personnes ont été arrêtées au Canada, accusées d’avoir voulu organiser des attentats à grande échelle sur le sol canadien. Ces hommes, pour la plupart très jeunes (cinq d’entre eux sont mineurs, la moitié à moins de 21 ans), ont immédiatement été présentés à la presse comme des fanatiques prêts à attaquer le Parlement, à prendre des députés en otage, voire à décapiter le Premier ministre canadien conservateur Stephen Harper.
Une partie de la presse canadienne s’est alors déchaînée. The Ottawa Citizen a estimé dans un éditorial intitulé « Jihad in Canada » que ces arrestations démontraient que le Canada était lui aussi menacé. Le quotidien s’étonnait même qu’elles interviennent si tard, tant il était sûr que la menace était présente. Prenant de vagues pincettes, le journal déclarait quand même que ceux qui étaient en cause étaient des islamistes, pas des musulmans. On trouva des propos similaires sous la plume d’Eric Margolis dans le Toronto Sun. L’éditorialiste trouvait là la preuve que le Canada est une cible au même titre que tous les États occidentaux. Le très néoconservateur National Post allait encore plus loin titrant sur « ces jihadistes parmi nous ». Il affirmait que ces arrestations démontrent que le péril islamiste est une réalité en elle-même, indépendamment de la guerre en Irak, puisque le Canada n’y participe pas. La gauche devrait l’admettre une fois pour toutes et les lois antiterroristes devraient être renforcées.
Le lecteur observera le caractère maladif de cet emballement médiatique : 17 adolescents menacent la sécurité d’un pays de 33 millions d’habitants ; ils sont dangereux et coupables parce qu’ils ont été arrêtés ; il faut sacrifier nos libertés pour nous protéger du terroriste qui sommeille chez tout gamin musulman.
Une fois la surenchère médiatique retombée, des voix dissonantes se firent pourtant entendre et des craintes s’exprimèrent. Dans The Globe and Mail, l’éditorialiste Lawrence Martin redoutait que la peur suscitée par ces annonces catastrophistes ne servent à Stephen Harper pour lier davantage le pays à la coalition anglo-saxonne. Dans le Winnipeg Free Press, le journaliste britannique Gwynne Dyer, jugeait pour sa part que la menace terroriste était totalement exagérée. Des militants pacifistes canadiens s’étonnèrent que ce groupe soit arrêté aujourd’hui alors que de nombreuses déclarations officielles font état d’une surveillance des suspects depuis 2004. Ils remirent en cause de nombreuses invraisemblances sur la « dangerosité » de ces hommes.
Aussi, malgré un démarrage en fanfare, des positions plus mesurées vinrent vite contrebalancer les « Unes » paranoïaques de la presse dominante canadienne. Cette remise en cause eu le don d’agacer l’ancien rédacteur des discours de George W. Bush, David Frum. Dans un éditorial du National Post, il dénonce l’irresponsabilité de ces Canadiens qui ne veulent pas prendre l’affaire au sérieux. Il y décèle la preuve d’une faiblesse psychologique qui les empêche de voir en face la vérité du péril « jihadiste ». Ne niant pas que les « terroristes » arrêtés ont fait preuve d’une grande maladresse, il assure que cela ne les rendait pas moins dangereux.
Dans la presse arabe, cet événement fut présenté comme un nouvel avatar des campagnes de communications que les gouvernements americanistes orchestrent avec la complicité de leurs appareils judiciaires et de leurs médias pour justifier un rapprochement avec Washington.
Ainsi dans Dar-Alhayat, le journaliste libano-canadien, Ali Haouili, redoute que cet événement ne soit utilisé par les États-Unis pour pousser le Canada à s’aligner sur ses positions sécuritaires. Allant plus loin, le célèbre journaliste britannique Robert Fisk, constate dans Al Watan, que la presse canadienne s’est emparée d’un fait divers pour réaffirmer son racisme latent, désignant les présumés terroristes comme « des bruns », présentant leurs partisans comme des femmes voilés (afin de renforcer leur image d’islamiste et de les désigner comme coupables). Pour le journaliste, le pays de l’Érable risque fort de s’ajouter à la liste des contrées inhospitalières pour les musulmans.
On le voit, cette affaire fait débat au Canada et apparaît comme une manipulation du pouvoir canadien dans la presse arabe. Mais dans la majeure partie de la presse internationale, ces évènements canadiens servent de support à une nouvelle campagne faisant des musulmans une communauté intrinsèquement dangereuse et perméable au « jihadisme ». On assiste là à un phénomène semblable à celui auquel nous avions assisté lors des émeutes de novembre 2005 en France. A l’époque, la presse française avait débattu des évènements en hésitant à les analyser d’un point de vue social ou ethnique, c’est-à-dire en rechignant à entrer dans la logique du « Choc des civilisations ». La presse internationale avait pour sa part majoritairement présenté ces évènements comme une preuve de la dangerosité des « immigrés » musulmans et de l’influence du « jihad » en Europe.
Aujourd’hui, quand le débat canadien se déplace de la dangerosité des 17 personnes arrêtées à la possible manipulation que représente ces arrestations médiatiques, la presse internationale préfère titrer sur le danger de radicalisation des jeunes musulmans vivant en « Occident ». La distorsion des réalités étrangères est toujours plus facile pour convaincre son lectorat de l’imminence de la « menace islamiste ».
L’ancien commandeur de l’alliance atlantique lors des bombardements de la Serbie, le général démocrate Wesley Clark, élargit l’affaire canadienne à toute la communauté des démocraties et en tire quelques généralités. Dans The Globe and Mail il clame aux lecteurs canadiens qu’ils ne sont pas seuls à faire face à la menace « jihadiste ». Il estime que l’Occident doit montrer une attention particulière à ses « immigrés de seconde génération » et à ses communautés musulmanes qu’elle doit encadrer, faire collaborer avec les services de renseignement et qu’elle doit infiltrer.
Il est suivi dans son analyse par l’éditorialiste du Boston Globe, H.D.S. Greenway, qui s’inquiète lui aussi de la séduction de l’islamisme chez les jeunes musulmans.
Le cabinet de relations publiques Project Syndicate, se montre très actif dans la mise en scène des arrestations au Canada et leur utilisation pour accuser les jeunes musulmans d’être des dangers pour les sociétés occidentales.
La chercheuse au Royal Institute for International Affairs, Mai Yamani, considère dans le Korea Herald, le Japan Times et le Daily Star que les jeunes musulmans vivant en « Occident » sont trop perméables à la radicalisation. C’est pour cela qu’il faut démontrer que « l’Occident » souhaite sincèrement la démocratisation du monde musulman en soutenant les démocrates dans les pays d’origine de ces populations. Bref, s’appuyant sur le climat médiatique suscité par les arrestations canadiennes, l’auteur demande un ralliement international aux objectifs affichés des néo-conservateurs.
Le linguiste et écrivain français Tzvetan Todorov va dans le même sens dans Los TiemposDaily Star (Liban), le Taipei Times (Taïwan), le Daily Times (Pakistan) et sans doute d’autres publications nous ayant échappé. Il revient lui aussi sur cette « contagion islamiste » qui touche ces « assassins naturalisés ». Dans un texte ambiguë où il se plaît à dénoncer l’action de George W. Bush, l’auteur n’en reprend pas moins les grands arguments de la guerre au terrorisme : menace émanant du monde musulman, nécessité de remettre en cause l’équilibre entre sécurité et liberté et union sacrée de l’Occident face à ce nouveau péril.
A nouveau, les pages opinion, détournent l’attention des vraies questions, falsifient les débats et donnent aux lecteurs une vision faussée des problématiques internationales. Et comme toujours, Project Syndicate, l’officine de George Soros, est particulièrement actif dans ce processus.
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